Lorsque les deux femmes sont venues s’installer dans notre quartier, les commérages y sont allés bon train. Vous vous rendez compte, deux lesbiennes installées tout près de chez nous, cela fait désordre, elles ne sont pas comme tout le monde, elles ont des mœurs bizarres…En opposition à ces réactions un peu abruptes, j’ai tendance au contraire à être attirée par les personnes qui sortent un peu de l’ordinaire et prends généralement leur défense lorsque je m’aperçois qu’elles sont maltraitées ou rejetées. La plupart de mes amies sont créoles ou maghrébines, je suis volontiers attirée par les étrangers et je participe également à une association qui s’occupe de l’intégration des handicapés dans la vie publique. De sensibilité de gauche, je milite depuis toujours pour la différence. Alors quand j’entends une commerçante parler méchamment des « deux gouines » avec une cliente psychorigide, forcément je bondis, toutes griffes dehors… d’ailleurs, aux alentours, je n’ai pas que des amis.J’en discute le soir même avec mon mari. Il me dit de laisser tomber. Lui, il est plutôt comme ça, pas de bruit, pas de vague, rien qui perturbe le statu quo de sa douce tranquillité, parfois j’ai envie de lui tordre le cou. Depuis que les enfants sont grands, notre couple bat de l’aile, nous découvrons que nous avons finalement fort peu de points communs. Lui est plutôt sportif, toujours en ballade par monts et par vaux, il traîne derrière lui une cohorte de copains, il lui reste donc fort peu de temps à consacrer à sa famille, tandis que moi je suis pantouflarde, télé, bouquins, jardin, bronzette. Femme au foyer et sans-emploi, je participe quand même à la vie publique._________________La première fois que les filles requièrent mon attention, je suis en train de me dorer sur mon bain de soleil ; j’entends des bruits de l’autre côté de la haie, des rires, des soupirs, des gémissements incongrus. Je savais qu’elles habitaient dans une rue un peu plus loin, mais j’ignorais pourtant que nous avions une frontière commune entre leur terrain et le nôtre. Intriguée et curieuse comme une pie, je vais chercher le petit escabeau et je découvre les deux femmes, au bord de leur piscine, toutes deux entièrement nues et enlacées l’une sur l’autre. La grosse brune est allongée, cuisses largement écartées, et sa comparse entre ses jambes, en train de lui brouter le minou. J’avoue ne pas penser une seule seconde au respect de leur intimité, au contraire j’en prends plein les mirettes, volontairement juchée sur mon perchoir jusqu’à la fin des opérations. Cela me rappelle que moi aussi, en mon temps, j’ai goûté aux longs délices lesbiens, lorsque j’étais jeune, avec mes copines de fac. Tout ça pour dire que ces plaisirs entre femmes ne me sont pas totalement étrangers, même s’ils datent d’une époque déjà plutôt lointaine.Le spectacle des deux amantes m’a vaguement perturbée. Lorsqu’elles se relèvent enfin, moi je baisse vite la tête et pars discrètement, à pas de loup, sans me faire repérer.Deux jours plus tard, même combat, ou presque. Cette fois-ci, elles sont toutes les deux dans l’eau en train de s’embrasser, de se toucher, de se caresser, je les vois patauger en s’agrippant l’une à l’autre. Puis elles décident d’un commun accord de sortir du bain pour rejoindre les chaises longues sur lesquelles sont négligemment posés divers sex-toys, des godes, des dildos, appelez-les comme vous voulez, il y en a au moins cinq ou six sur les serviettes. La blonde en saisit un pour l’enfoncer dans le sexe de sa compagne qui pousse alors un long gémissement qui n’a rien de douloureux. J’ai les yeux qui sortent presque de leurs orbites et, toute à mon spectacle, j’entends à peine arriver ma fille qui vient de descendre dans le jardin.— Qu’est-ce que tu fais, maman ?Ça me fait un choc, je descends complètement hagarde de l’escabeau et tente de m’expliquer en bafouillant :— Euh, rien… j’étais en train de regarder si le ballon de Paul n’était pas quelque part sur la haie.Paul c’est mon petit fils. Ma fille aînée l’a eu à 20 ans et il a maintenant 6 ans. Déjà 6 ans, comme le temps passe vite, je me sens déjà vieille, je frise la cinquantaine.— Ce n’est pas de ce côté qu’il l’a envoyé, me coupe Marion, catégorique et imperturbable.À ce moment, les rires hystériques de nos voisines viennent un peu jusqu’à nous.— Ce ne sont pas les gouines qui habitent par là  ? demande alors ma fille, tous ses sens soudain en alerte.Je sens dans son regard comme un reproche, ou plutôt une suspicion, comme si elle m’avait prise en flagrant délit de commettre une grosse bêtise. J’avoue que je ne suis pas fière, je me sens toute petite fille, elle est beaucoup plus mûre que moi.— Tu n’étais pas par hasard en train de les mater ? Tu t’intéresses aux gouines, maintenant ?Je hausse les épaules avec dédain pour signifier que je n’en ai rien à foutre.— Paul est réveillé. Tu viens prendre le goûter, conclut-elle finalement, comme un rappel à l’ordre.Lorsque nous rentrons dans la maison, j’essaie de reprendre une certaine contenance :— Je n’aime pas que tu utilises le mot « gouine », je trouve ce terme irrespectueux. En plus, tu parles fort, trop fort… si elles t’entendaient !— Bah, elles le savent déjà qu’elles sont gouines ! Il faut vivre avec ton temps, maman, une gouine c’est une gouine, une bouffeuse de gazon si tu préfères…Je déteste ma fille quand elle est comme ça, elle ressemble trop à son père, elle doit voter à droite. Agacée qu’elle est par mon moralisme, elle attaque à nouveau :— Je ne savais pas que ma mère était une voyeuse, relance-t-elle avec une pointe d’ironie.— Pfff, arrête ! il n’y avait vraiment rien à voir.— Alors pourquoi tu regardais ?J’ai du mal à ne pas rougir. À l’avenir, il faudra que je fasse plus attention._________________L’été se passe calmement et je continue discrètement à observer les deux lesbiennes, mais uniquement les jours où je suis certaine d’être toute seule à la maison. Devant le spectacle que m’offrent parfois mes jeunes voisines, je suis souvent profondément troublée, au point d’avoir parfois envie de glisser ma main dans ma culotte. Les deux femmes ont ravivé chez moi des envies très secrètes et j’imagine souvent que je me joins à elles. Et le désir est parfois tellement vivace que ça m’arrive aussi de m’enfermer dans l’abri de jardin pour m’y soulager dans l’urgence. Des années que je n’ai pas connu pareille libido, même mon mari, au lit, n’en revient pas. Étant donné qu’il s’en inquiète, je mets ça sur le compte de la ménopause._________________Je fais par hasard la connaissance des deux femmes en faisant mes courses. Maryse, la petite blonde, est très bavarde, c’est elle qui gère le couple. Elle est aussi très pète-sec et même un peu cassante. Je ne l’avais pas remarqué de prime abord, mais elle est borgne, elle a perdu un œil, dans un accident de voiture, explique-t-elle, cela lui donne un regard un peu étrange et difficile à soutenir. Sinon, elle n’est pas vilaine, quoiqu’un peu masculine, le style garçon manqué.Claudia, de son côté, est beaucoup plus effacée, difficile de lui arracher deux mots, manifestement elle est hyper timide, un peu craintive, pas très sociable. Grosse sans être obèse, elle a un très joli visage, même s’il est un peu trop charnu et qu’il se termine par un double menton.Les deux femmes découvrent que nous sommes voisines :— Depuis que nous sommes ici, nous ne fréquentons pas grand monde, se lamente Maryse, les gens du coin semblent assez fermés et nous avons du mal à lier connaissance.— Il faudra que vous veniez un jour à la maison, que je vous présente à mon mari.— Je vous retourne l’invitation, nous serions heureuses de vous avoir chez nous. D’ailleurs, nous avons la chance d’avoir une grande piscine, ce serait sympa que vous veniez en profiter.— Ce serait avec plaisir, m’entends-je dire, la tête dans les nuages, en revoyant les scènes que m’ont offertes les deux naïades pendant tout l’été.— Et pourquoi pas cet après-midi ? L’automne approche et il faut profiter des derniers jours de grand beau temps. Et puis ce serait l’occasion de faire plus ample connaissance.À la façon dont elle a dit cette dernière phrase, je suis prise d’une curieuse impression, il y a comme des sous-entendus dans sa voix. Et puis, j’ai du mal à m’habituer à son œil mort, du coup je suis mal à l’aise, un peu déstabilisée, je dois lui reconnaître un certain ascendant sur moi, elle a beaucoup de personnalité.Pour midi, je suis seule, mon mari ne rentre pas. Alors je grignote vite fait, puis me dépêche de passer sous la douche. Je me pomponne, je me maquille, je me fais un peu l’effet d’être une petite jeunette qui va à son premier rendez-vous galant. J’essaie dix maillots de bain, j’hésite longuement devant un petit deux-pièces. Non, décidément mes seins sont vraiment trop lamentables, je me rabats sur quelque chose de plus classique. Mais non, ce n’est pas assez coquin, j’opte finalement pour une forme un peu plus échancrée.Et puis, en me regardant à nouveau dans la glace, je me dis que je suis beaucoup trop maquillée, je fais un peu vieux pot, je vais leur faire peur aux deux jeunettes. Alors j’ôte tout et je recommence, avec plus de légèreté ; sans fond de teint et sans masquer mes rides, je fais nettement plus naturelle. 14 h 30 passées, j’en suis encore à choisir mes fringues…Une demi-heure plus tard, je sonne enfin au portillon. Maryse vient m’ouvrir, elle est en peignoir, et poitrine nue dessous. Je suis verte. Je m’excuse presque en lui tendant un bocal de griottes à l’eau-de-vie que j’ai choisi dans la cave.— Elles sont fabriquées maison, crois-je la peine d’ajouter. Mais peut-être n’aimez-vous pas l’alcool ?— Le mieux c’est que l’on se tutoie, tu ne crois pas ? me répond-elle avec un court sourire. Moi, c’est Maryse ou Marie, comme tu préfères, et ma femme aime bien qu’on l’appelle Sandy.Elle me fait entrer dans le patio, la maison est splendide, très moderne, décorée avec goût et sans excès. En passant devant une pièce, mon hôtesse s’écrit :— Tu viens, ma biche ? Notre invitée est arrivée.Elle m’explique qu’elles travaillent toutes les deux à la maison. Sandra confectionne des livres pour enfants, et elle, de son côté, est romancière, sous un pseudo d’emprunt. J’apprendrai par la suite qu’elle connaît même un certain succès.Nous nous installons toutes les deux au bord de la piscine, Maryse me propose une collation. Nous discutons déjà depuis dix bonnes minutes lorsque la brune fait son apparition avec un maillot de bain mini, mini, mini… Vu ses formes, ça tourne presque au ridicule : juste un string et un soutien-gorge ficelle, autant dire qu’on lui voit tout, c’est une provocation, il n’y a guère que ses tétins qui demeurent invisibles, mais sa grosse poitrine déborde de partout.— D’habitude, nous nous baignons complètement nues, précise alors la blondinette, mais ne sachant pas si tu es adepte du naturisme, j’ai proposé à Sandy un de mes petits maillots.Petit, ce n’est pas le mot juste, minuscule devrait-elle dire car son amie est plus nue que nue, nue et offerte, et maintenant que je suis à quelques pas d’elle, j’en suis profondément troublée.D’un autre côté, j’ai un peu honte de me mettre moi aussi en maillot de bain car je n’ai pas le sex-appeal des deux femmes et suis loin d’être aussi sexy.— Ça te gêne si je reste en monokini ?Sans attendre ma réponse, Maryse écarte son peignoir pour dévoiler ses seins, fermes, tendus et provocants. Dessous, elle porte juste une petite culotte à moitié transparente. Elle pique une tête dans la piscine et nous invite à l’y rejoindre. Sandra saute tout d’une masse, et éclabousse aux alentours. Quant à moi, je préfère prendre l’escalier.— Ça va, Alexandrine ? Tu la trouves bonne ?Je suis plutôt frileuse et ai du mal à rentrer. Alors la blonde plonge sous l’eau et réapparaît tout près de moi, tandis que sa compagne arrive en nageant de l’autre côté. Je me sens telle une proie, soumise aux caprices de ces deux tentatrices, elles évoluent maintenant à quelques centimètres de moi, en sont d’ailleurs presque à me toucher… J’essaie encore de faire diversion, en évoquant la beauté du cadre :— Vous êtes vraiment bien ici. C’est vraiment une très chouette maison.— Tu ne peux pas savoir à quel point nous sommes bien, coupe Maryse, laconique.Le regard de son amie en dit long sur leur complicité.— En plus, c’est un coin hypertranquille… même s’il y a parfois des petites curieuses qui se tordent le cou derrière la haie pour regarder.Ainsi elle sait ! J’en deviens livide. M’ont-elles vue ? Repérée ? Depuis quand ? Pourquoi n’ont-elles jamais rien dit ?— Tu sais, depuis un certain temps, Sandy me parle souvent de toi, de cette curieuse voisine qui nous regarde parfois faire l’amour… Je crois qu’elle a maintenant très envie que tu lui fasses des petits bisous.Panique à bord, je sens la chaleur de la brune irradier tout près de moi. Timide mais pas craintive, pas timide du tout d’ailleurs, car désormais ses doigts me touchent, elle pose ses mains partout sur moi. Et puis sa bouche qui se tend franchement vers moi… Comment lui résister ? Je n’en ai pas envie. Elle m’embrasse avec la fougue de son âge, sa langue glisse dans ma bouche, je ferme les yeux, prends conscience que ce sont maintenant quatre mains qui se posent partout sur moi, qui me touchent, et qui me déshabillent. Je me retrouve bientôt complètement nue, avec mon maillot à la dérive, les petits bouts de tissu de Sandy ont eux aussi disparu depuis longtemps, emportés par le ressac du clapotis. Elle se colle à moi, se frotte contre moi. Je voudrais résister, je ne le pourrais pas, mais de toute façon je n’en ai pas envie, les deux femmes vampires ont eu raison de moi.Nous nous retrouvons un peu plus tard toutes les trois nues au bord de la piscine. Je n’ai plus tous mes esprits et ne sais pas trop comment nous sommes arrivées là . Une bouche me dévore la vulve, une autre me maltraite les seins. Elles sont comme deux furies sur une proie consentante, je ne contrôle plus rien, je n’ai plus qu’à les laisser faire, à me laisser guider. Plus tard, ça ne me surprend même pas que je sois en train de manger un minou ou de faire une feuille de rose, une autre vient réclamer son dû, un jouet se glisse en moi, elles ne me laissent aucun moment de répit, elles ont une sacrée santé. Un déluge de sensations s’empare de mon corps et le met en alerte. Une nouvelle fois, je n’en peux plus. Je suis vaincue, je rends les armes. Je me laisse aller au plaisir.Je ne saurais trop dire quand, comment, combien, mais j’ai joui plusieurs fois, je me retrouve dans un grand lit dans les bras de mes curieuses amantes. Maryse est en 69 sur moi. Un coup d’œil au réveil-matin, il est six heures passé, mon mari va rentrer. Panique à bord ! Elles me font promettre de revenir bientôt, alors que je regrette déjà de devoir partir si vite.Je retourne chez moi un peu au radar, je ne sais plus très bien qui je suis ni où j’habite, je salue les voisins qu’il me semble ne plus connaître, le monde est désormais tellement étrange… en plus je suis complètement nue sous ma robe car dans la précipitation je n’ai pas pris la peine de récupérer mon maillot de bain qui doit encore stagner au fond de la piscine.Ce soir je ferai l’amour à mon mari pour me faire pardonner de l’avoir lâchement trompé. Mais il ne saura rien de ce qui s’est passé. C’est mon petit jardin secret.