— Coucou, chĂ©ri ?— Allo, c’est toi Lorette ?J’ai tout de suite reconnu la voix Ă l’autre bout du fil. Un long silence s’en est suivi. Encore un acte manquĂ©, je voulais appeler Marc et j’avais appelĂ© David. Pourquoi Ă©tait-il encore dans mon agenda, celui-lĂ , et comment avais-je fait pour composer son numĂ©ro ?— Alors qu’est-ce que tu deviens depuis tout ce temps ?— Excuse-moi, je me suis trompĂ©e de correspondant, ai-je dit toute penaude, avec une petite voix.— Tu ne vas quand mĂŞme pas raccrocher comme ça ! Je suis content de t’entendre, j’aimerais que tu me parles un peu de toi.Quinze ans que je ne lui avais pas parlĂ©, quinze ans dĂ©jà  !— Oh, tu sais, il n’y a pas grand-chose Ă dire, je suis mariĂ©e, j’ai deux enfants.— Et tu habites une belle maison dans un quartier très chic… Je sais, j’ai vu tout ça sur Facebook.Ainsi il s’intĂ©ressait encore Ă moi, mais moi plus du tout Ă lui ! Il m’avait fait trop de mal, ou alors trop de bien, au choix, je n’avais jamais eu les idĂ©es bien claires pour faire le bilan sur cette tranche de vie.— Ce serait sympa que l’on boive un verre ensemble.— Je ne pense pas que ce soit une bonne idĂ©e.— Allons, cool, Lolo, en souvenir du bon vieux temps.Justement, le « bon vieux temps » Ă©tait rĂ©volu. J’ai raccrochĂ©, songeuse, j’ai presque Ă©tĂ© impolie._________________Mais, trois jours plus tard, rebelote, j’ai recomposĂ© son numĂ©ro.— Tu as changĂ© d’avis, ma puce ?— Je suis dĂ©solĂ©e, je me suis encore trompĂ©e.— DĂ©cidĂ©ment, ça devient une habitude. Tu devrais suivre ton instinct.— Je ne vois pas de quoi tu parles.— Et si l’on disait 12 h 30 au Loup Aigri, je t’invite Ă dĂ©jeuner.Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté ? Ce restau, je le connaissais bien, nous y allions souvent Ă l’époque. Mais depuis le ravalement avait Ă©tĂ© fait et il avait dĂ» changer de propriĂ©taire. Et comment savait-il que je pourrais ĂŞtre libre ce jour-là  ? Les enfants mangeaient Ă la cantine et mon mari rentrait rarement le midi, mais tout ceci n’était pas indiquĂ© sur Internet.J’ai passĂ© le restant de la matinĂ©e Ă me faire belle, comme si j’avais quelqu’un Ă sĂ©duire. Naturellement, je suis plutĂ´t moche, ou en tout cas quelconque, rien de spĂ©cialement attirant, je ne suis pas le genre de femmes sur lesquelles les hommes se retournent dans la rue. Et puis, un excès de maquillage m’est gĂ©nĂ©ralement fatal, je passe rapidement pour grotesque, il me faut de la lĂ©gèretĂ©, jamais d’excès, juste quelques petites touches pour amĂ©liorer ce qui peut l’être. Ensuite, j’ai mis un temps infini Ă choisir ma tenue, ni trop stricte, ni trop sexy, mais mettant quand mĂŞme en Ă©vidence ma poitrine qui est l’élĂ©ment clef de mon sex-appeal.RĂ©sultat, je suis arrivĂ©e avec une demi-heure de retard. David m’attendait, attablĂ© dans le petit coin oĂą nous avions nos habitudes, toujours aussi beau, sĂ©duisant et enjĂ´leur, mĂŞme avec quelques annĂ©es de plus. Il me complimenta pour ma tenue.— Tu es radieuse, Lorette, je te trouve encore plus Ă©panouie.Il avait toujours eu le chic pour me mettre en confiance, avec lui je me sentais toujours Ă l’aise, bien dans mon corps, sĂ»re de moi, aimĂ©e et apprĂ©ciĂ©e ; ça avait toujours Ă©tĂ© ainsi depuis notre première rencontre et ça l’était restĂ© sans discontinuer jusqu’à notre rupture.Avant lui, pas grand-chose, quelques parties de jambes en l’air avec des quidams que j’avais vite oubliĂ©s, des aventures oĂą je doutais de moi, certaines d’entre elles pas vraiment glorieuses, que ce soit d’ailleurs avec des garçons ou avec des filles.Et après David, un mariage de « raison », au sens trop raisonnable, avec Marc, un bel homme bien sous tous rapports, intelligent, cultivĂ©, belle situation, tendre, attentionnĂ©, protecteur, mais l’amour Ă la papa et l’affectivitĂ© en berne. Avec quand mĂŞme deux beaux enfants qui Ă©taient ma fiertĂ© et ma raison de vivre ! Une belle vie donc, mais rien de tout Ă fait enthousiasmant.Alors, pourquoi avoir quittĂ© mon premier amour ? Parce que c’était un fieffĂ© menteur ! Il m’avait cocufiĂ©e au moins dix mille fois et j’en redemandais. J’étais tellement amoureuse et tellement bien avec cet homme qu’il aurait pu faire n’importe quoi. Bien sĂ»r qu’il y avait partout des indices de son infidĂ©litĂ©, il y en avait tout plein, des pochettes de prĂ©servatifs retrouvĂ©es ouvertes dans sa veste, des parfums capiteux sur ses cols de chemise, le compteur du 4×4 qui avait tout d’un coup fait un bond de 3000 km, alors que mon homme Ă©tait censĂ© ĂŞtre Ă un congrès aux États-Unis, et je pourrais encore en citer beaucoup d’autres du mĂŞme genre, il laissait des traces dans tous les endroits oĂą il passait. Mais je prĂ©fĂ©rais faire disparaĂ®tre ces preuves au fur et Ă mesure que je les dĂ©couvrais, ou plus simplement ne pas les voir.Le pompon c’était peut-ĂŞtre quand j’avais Ă©tĂ© hospitalisĂ©e une dizaine de jours pour une petite intervention et que ma soi-disant « meilleure amie » en avait profitĂ© pour investir notre chambre ; cette gourde avait trouvĂ© le moyen de se tromper de sous-vĂŞtements en repartant et c’était difficile de ne pas m’en apercevoir, car nous ne faisions pas du tout la mĂŞme taille.De vivre ainsi avec sa maĂ®tresse, n’avait pourtant pas empĂŞchĂ© mon salopard de copain de venir me faire ma fĂŞte sur mon lit d’hĂ´pital, ce qui, je dois l’avouer, m’avait bien plu.J’étais tellement heureuse avec lui, et ce bonheur Ă©tait tellement nouveau pour moi, qu’il aurait pu me tromper avec toutes les femmes. Je crois bien que, dans la nĂ©buleuse onirique oĂą j’étais plongĂ©e, j’aurais tout acceptĂ©. MĂŞme les retrouver le matin Ă©tendues nues dans notre lit ne m’aurait pas surprise.Jusqu’au jour où… jusqu’au jour oĂą j’étais tombĂ©e enceinte. Je ne l’avais pas fait exprès, je prenais la pilule. Mais, avec deux mois de retard, le verdict avait Ă©tĂ© fatal, un petit ĂŞtre grossissait dans mon ventre. Et lĂ , ça m’a fait rĂ©flĂ©chir, je ne me voyais pas Ă©lever un enfant avec un mari volage, et encore moins avec un homme volage avec qui je n’étais ni mariĂ©e ni mĂŞme pacsĂ©e.C’est vrai que j’avais entamĂ© les dĂ©marches pour avorter dans son dos, c’est vrai aussi que j’avais tardĂ© Ă lui en parler. Mais quand je lui ai enfin tout avouĂ©, il n’a pas non plus sautĂ© de joie, il n’a pas dit qu’il aimait cet enfant et qu’il fallait que je le garde ; quand je lui ai dit que l’avortement Ă©tait pour la semaine suivante, il a mĂŞme trouvĂ© que c’était une très bonne idĂ©e et que, je cite, « je m’étais très bien dĂ©merdĂ©e sur ce coup-là  ». Ce qu’il n’a pas compris, en revanche, c’est que cela mettait de facto fin Ă notre union, les hommes ne comprennent pas ce genre de chose quand des enfants sont en jeu.J’avais attendu de me remettre de mon avortement pour louer une camionnette, ramasser mes affaires et voler vers d’autres cieux. Je lui avais juste laissĂ© une belle lettre pour lui expliquer le pourquoi du comment, et quand il avait essayĂ© de me rappeler pour me demander des explications supplĂ©mentaires, ses appels Ă©taient restĂ©s lettre morte.Il m’avait fallu presque deux ans pour que je rencontre Marc, il ne lui avait fallu que quelques jours pour qu’il se remette avec une autre fille, en l’occurrence sa secrĂ©taire du moment.— Mais tu es heureuse au moins ?Je ne sais trop de quoi il me parlait avant cette question, j’avais Ă©tĂ© dĂ©connectĂ©e un long moment de la conversation.— Heureuse, oui, bien sĂ»r.— Le beau Marc te fait grimper aux rideaux ?— Cela ne te regarde pas, David, nous ne sommes plus ensemble que je sache.— Il a l’air un peu coincĂ© aux entournures, le vrai cadre bien comme il faut, un peu ranplanplan sans doute…— Merci pour lui ! Non, il s’occupe très bien de moi. Et au moins, lui il est fidèle, crus-je bon d’ajouter avec amertume.— En tout cas, je te trouve vraiment superbe.— Pourquoi as-tu voulu que nous dĂ©jeunions ensemble, David, qu’est-ce que tu cherches, qu’est-ce que tu veux ?— La question est plutĂ´t : qu’est-ce que toi tu veux ?Comment me suis-je retrouvĂ©e dans sa voiture en train de le sucer ? Pourquoi lui ai-je demandĂ© de mettre un prĂ©servatif ? Pourquoi me suis-je mise Ă califourchon sur lui pour m’empaler sur sa queue ? Pourquoi lui ai-je fait l’amour de façon aussi insensĂ©e et dĂ©bridĂ©e, faisant fi des gens qui passaient tout près de nous sur le parking ?Quand je suis allĂ©e chercher ma fille Ă l’école, j’avais encore la culotte trempĂ©e de ma jouissance, pas le temps de passer Ă la maison pour me changer. Je sentais le sexe et la sueur, ça m’a foutu la honte, surtout quand j’ai croisĂ© la maĂ®tresse. Je suis rentrĂ©e vite fait, j’ai donnĂ© son quatre heures Ă Solène avant de filer sous la douche pour me laver._________________C’était un coup de folie qui aurait dĂ» en rester là  ! Je n’irai pas jusqu’à dire qu’entre David et Marc, sexuellement parlant, c’était le jour et la nuit, mais il y avait quand mĂŞme une sacrĂ©e diffĂ©rence. La simple prĂ©sence de mon ex près de moi me rendait toute chose et me faisait mouiller, aucun homme ne m’avait jamais fait cet effet-lĂ , Ă part lui. Je ne ressentais en tout cas rien de tel avec mon mari.Quand David m’a proposĂ© de passer un après-midi Ă l’hĂ´tel, ma première rĂ©action a Ă©tĂ© de refuser, je ne voulais pas mettre Ă mal notre couple. Pourtant, deux nuits Ă penser Ă lui plus loin, c’est moi qui l’ai rappelĂ©. On a choisi un Ă©tablissement entre chez moi et l’école, pratique Ă tous points de vue. Et les trois heures de sexe passĂ©es ensemble ont Ă©tĂ© pour moi un festival, je n’arrĂŞtais pas de prendre mon pied. J’étais comme une petite chienne en chaleur, une vĂ©ritable obsĂ©dĂ©e. En guise de bouquet final, je lui ai demandĂ© de me sodomiser, ce que Marc ne faisait pratiquement jamais, parce qu’il n’était pas fan de cette pratique, et j’ai pris un plaisir fou dans cet enculage. Je l’ai quittĂ© Ă contrecĹ“ur, j’avais encore envie qu’il me prenne.Évidemment, nous avons repris date, j’étais dĂ©chaĂ®nĂ©e, j’en voulais sans cesse plus, ma libido Ă©tait exacerbĂ©e. MĂŞme Ă la maison, mon mari voyait la diffĂ©rence, car je le sollicitais presque tous les soirs. Malheureusement, comme Ă son habitude, il Ă©tait souvent crevĂ©, mais qu’importe, au petit matin je ne pouvais m’empĂŞcher de le sucer pour le rĂ©veiller avant qu’il file sous la douche. Et dans mes sĂ©ances avec David, je me donnais Ă fond, prĂŞte Ă exaucer tous les dĂ©sirs de ce merveilleux amant._________________Jusqu’au jour où… jusqu’au jour oĂą ma belle-sĹ“ur m’a fait une petite visite.— Tu devrais faire plus attention. On t’a aperçue plusieurs fois avec un homme Ă l’hĂ´tel Ibis.J’en devins blĂŞme, j’avais la tĂŞte qui tournait. J’ai dĂ» m’asseoir, prendre un rĂ©confortant, accuser le coup. Elle connaissait une femme qui travaillait Ă la rĂ©ception et qui m’avait reconnue, tout simplement.— J’y suis allĂ©e deux ou trois fois, c’est vrai (ai-je voulu minimiser, mais dans les faits c’était plutĂ´t cinq ou six).— Je suis venue en toute amitiĂ©, reprit ma visiteuse, je ne dirai rien Ă Marc, rassure-toi. S’il venait Ă le savoir, ça ne viendrait pas de moi en tout cas, et je n’ai pas envie qu’il l’apprenne… Mais essaie au moins d’être un peu plus discrète Ă l’avenir !J’étais estomaquĂ©e que cette femme, que je connaissais Ă peine et avec qui j’avais si peu d’affinitĂ©s, se prĂ©sente en tant qu’alliĂ©e et qu’elle accepte de partager ce secret avec moi. Me sentant fragilisĂ©e, elle est mĂŞme venue près de moi, m’a prise par les Ă©paules, attirĂ©e Ă elle et cajolĂ©e. Et, dans sa dĂ©marche, j’ai senti qu’elle n’était pas du tout hostile.— Ça va aller ? a-t-elle demandĂ©, visiblement inquiète.— Oui, c’est très gentil de m’avoir prĂ©venue, j’ai fait une bĂŞtise, mais je te promets que je vais tout arrĂŞter.— Tu fais ce que tu veux, tu n’as rien Ă me promettre ! Après tout, si tu en as envie. C’est peut-ĂŞtre la crise de la quarantaine…— Je ne sais pas, oui, c’est possible… Au lit je trouve que Marc n’est pas assez imaginatif et pas assez empressĂ©, ai-je cru la peine d’ajouter pour me justifier.— Ça a beau ĂŞtre mon frère, je sais qu’il n’a pas que des qualitĂ©s… Mais pourquoi n’essaies-tu pas simplement d’en parler avec lui ? Parler rĂ©sout parfois bien des problèmes.Nous nous sommes quittĂ©es bonnes amies, elle m’a serrĂ©e tout contre elle et nous nous sommes fait la bise._________________Il est Ă©vident que je ne voulais pas mettre Ă mal mon couple et encore moins ma famille. J’ai rappelĂ© David qui m’attendait dĂ©jĂ Ă l’hĂ´tel et qui n’a pas trop bien pris mon dĂ©sistement de dernière minute.— Ma pauvre, tu ne sais vraiment pas ce que tu veux ! T’es pitoyable avec tes excuses Ă deux balles… Enfin si un jour tu as envie, tu sais oĂą me trouver, ce sera toujours un plaisir de faire l’amour avec toi.Mais je ne l’ai jamais recontactĂ©, j’ai supprimĂ© son tĂ©l. de mon rĂ©pertoire. Et si un jour je le croise en ville, je ferai mine de ne pas le reconnaĂ®tre.Pour ce qui est de mes relations avec Marc, il y a du mieux, il est un peu plus entreprenant, un peu moins fatiguĂ©. De mon cĂ´tĂ©, je fais des efforts pour m’en satisfaire, après tout il n’y a pas que le sexe qui compte, et notre vie est par ailleurs vraiment trop sympa.